La mission de la Ligue arabe en Syrie, porteuse d'espoir pour ceux qui affronte le régime de Damas depuis neuf mois, virerait-elle au fiasco diplomatique? Officiellement, Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, chef de la mission des observateurs, a qualifié de "bonne" leur première visite à Homs ce mardi. Et d'ajouter : "La situation n'a rien d'effrayant là où nous étions." Des propos empreints d'optimisme, mais dont l'objectivité ne cesse d'être remise en cause ces derniers jours car ce général soudanais aurait créé des milices au Darfour, en 1999.
Agé de 63 ans, ce général était, avant d'être à la tête de cette mission, un personnage central du système de sécurité soudanais. Il a en effet été nommé chef des services de renseignements militaires par le président Omar el-Béchir en personne, à la suite du coup d'état de 1989. Avec comme principale fonction de lutter contre l'opposition au pouvoir de Karthoum. A ce jour, le président soudanais est d'aileurs inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, en raison de la répression exercée à cette époque.
Chercheur au CNRS et spécialiste du Soudan, Marc Lavergne avait coordonné le groupe d'experts du Conseil de sécurité de l'ONU pour le Darfour en 2006. Pour RFI, il a relaté sa rencontre avec Mohammed al-Dabi : "Quand je l'ai connu au Soudan, il avait la fonction exactement inverse puisqu'il était chargé d'empêcher qu'on enquête sur les crimes contre l'humanité qui se déroulaient au Darfour. On a donc là quelqu'un qui passe lui-même pour un tortionnaire aux yeux des opposant soudanais. Ce monsieur a eu pour principales tâches au cours des années passées de combattre les rebelles du Darfour, mais aussi tous les opposants politiques, à Khartoum ou ailleurs dans le pays."
"La situation là-bas est rassurante et aucun conflit n'a été rapporté"
Pour mener à bien sa mission au Darfour, al-Dabi aurait ainsi participé à la création de milices, afin de lutter contre les tribus révoltées. Selon les auteurs de "Darfur : a New History of a Long War" cité ce vendredi par le Figaro, le général aurait débarqué avec "120 hommes et deux hélicoptères de combat" en février 1999 dans l'ouest du pays. Avec un objectif : mater l'ethnie Masalit. Une version des faits que le principal intéressé a contesté auprès des auteurs, Julie Flint et Alex de Waal, tout en reconnaissant avoir utilisé la manière forte.
Comment expliquer aujourd'hui la nomination de Mohammed al-Dabi à la tête de cette mission en Syrie? Car si au total cinquante observateurs sont sur le terrain, c'est bel et bien à ce sulfureux général qu'il reviendra de tirer les conclusions finales sur la situation dans le pays. Des conclusions qui pourrait décrédibiliser une Ligue arabe en quête de légitimité après le "printemps arabe".
A ce jour, seules deux états se félicitent de cette avancée diplomatique en Syrie : la Chine et la Russie, soutiens inconditionnels de Damas depuis le début de la contestation. Moscou "est satisfaite du début de la mission d'observation de la Ligue Arabe", a ainsi indiqué ce vendredi le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. Le ministère a ajouté que selon les déclarations du général soudanais qui s'est rendu à Homs, bastion de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad, "la situation là-bas est rassurante et aucun conflit n'a été rapporté".
De son coté, la Chine s'est félicitée jeudi de la mission "objective" de la Ligue, prenant le contre-pied des Etats-Unis et de la France qui ont redouté que les observateurs ne puissent pleinement réaliser cette mission par manque de temps ou de liberté de mouvement.


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